Voilà, je l'ai appris aujourd'hui. Je vous laisse l'annonce de l'AFP qui donnera à quelques uns des informations sur la belle Christine.

Je garde mes beaux souvenirs de partage et de souffrance avec elle.

Elle était à mes côtés pour mes premiers pas sur scène dans "Nicomède", nous avons passés plus de 17 ans ensemble à nous croiser, à nous connaître, à jouer, et elle part aujourd'hui... C'est une des plus grande comédiennes de theâtre qui s'en va, c'est une douleur qui va se calmer aussi. Bon voyage ma reine...

PARIS (AFP) - Christine Fersen, doyenne de la troupe de la Comédie-Française, décédée brutalement lundi soir à son domicile parisien à l'âge de 64 ans, était une actrice "de l'extrême", qui donnait toute sa démesure dans les grands rôles de princesse, de reine et de tragédienne.

Christine" à cette figure de la troupe de Molière, dont elle était devenue la doyenne le 1er janvier 2007.

"La mort de cette artiste incomparable, après un compagnonnage de plus de quarante-deux ans, laisse un vide immense sur nos plateaux et dans nos coeurs", a témoigné mardi l'administratrice générale et ex-sociétaire du Français Muriel Mayette.

"Chacune de ses interprétations, par sa force, sa subtilité, sa profondeur, était comme une leçon de théâtre. Sa carrière restera comme une leçon de vie", a estimé pour sa part la ministre de la Culture, Christine Albanel.

Née le 5 mars 1944 à Paris, Christine Fersen - de son vrai nom Boulesteix - avait suivi l'enseignement de Fernand Ledoux au Conservatoire. Elle en sortira avec deux premiers prix de comédie (classique et moderne) et "seulement" un 2e prix de tragédie.

Mais c'est pourtant dans les grands emplois de tragédienne qu'elle s'imposera avec plus de naturel et de précocité que la moyenne, forte de sa chevelure de feu, de son teint d'une pâleur tragique et de sa voix grave et rauque taillée pour les grands rôles. Le recours à l'expression "monstre sacré", à son propos, n'était pas qu'une facilité de langage.

"Je ne peux respirer qu'aux extrêmes", confiait-elle.

Parmi ses incarnations les plus fortes figurent deux personnages de Victor Hugo, la sanglante Marie Tudor et Lucrèce Borgia, mère scandaleuse à laquelle elle conférait une humanité rageuse. Dans le même registre, elle a été la "Médée" infanticide d'Euripide au Festival d'Avignon en 1981 dans la cour d'honneur du Palais des papes ou encore "Marie Stuart" de Schiller.

Son jeu ardent, sans doute nourri des blessures de la vie - elle a perdu son fils unique - aura séduit quelques-uns des plus grands directeurs d'acteurs, comme le Français Bernard Sobel, l'Italien Luca Ronconi, l'Américain Bob Wilson et, plus récemment, les auteurs-metteurs en scène Valère Novarina et Olivier Py.

En fait, Christine Fersen pouvait tout jouer, la comédie ("Il Campiello" de Goldoni), mais aussi par exemple une gouvernante dans "Place des héros" de Thomas Bernhard. "Je me retrouve à ma place", confiait-elle au Monde en 2004, comme en écho à son enfance déshéritée en banlieue parisienne.

Elle n'était devenue sociétaire de la Comédie-Française que le 1er janvier 1976, après plus de dix ans de pensionnariat, ce qui est long. Elle ne s'est d'ailleurs pas toujours sentie pleinement épanouie dans la maison, comme dans ces années 1990 où elle jugeait "plus qu'inamical" d'être absente des grandes distributions.

Mais Christine Fersen a toujours aimé passionnément les planches et voulu considérer que "la vie est un théâtre". "Parce que sinon on se flingue tout de suite", disait-elle.

Le ressenti  est un sentiment évolutif et changeant. Il est particulièrement sensible à l’art et au « beau ».
Je me souviens de mon enfance et de ma perception culturelle du monde qui m’était proposé. Au travers des découvertes souvent proposées au sein de l’établissement scolaire, visite des musées, pièces de théâtre, découverte des zoos et autres curiosités loin du quotidien de l’enfant moyen, j’ai souvenir d’une attitude en perpétuelle évolution.

Tout d’abord ennuyée, cette attitude d’incompréhension face à l’art me faisait « subir » ces sorties. Leur seul bénéfice visible étant l’opportunité de pouvoir éviter quelques heures de classe encore plus pénible.

J’étais avec mes copains et je pensais plus à pouffer qu’à découvrir. Nous défilions tels des sacs à patate devant les plus beaux tableaux du monde avec une indifférence frisant le mépris. Incapable même de regarder ce qu’on nous offrait. Rien n’accrochait mon attention.

Plus tard un conférencier différent, un prof plus impliqué ou passionné nous parlait de ce que nous découvrions avec un enthousiasme et une richesse de détails anecdotiques plus adapté à notre niveau. Mon attention se modifia et l’ennui fut moindre.

Une autre fois une petit histoire au sein de la grande nous parlant du sujet du tableau me permit d’y rester avec curiosité plus de dix minutes en cherchant le pourquoi du comment de cette toile.

Ainsi, au fur et à mesure des découvertes et de mes rencontres avec la culture, on me remit les clés indispensables au développement de ma curiosité. Celle qui me permettait enfin d’attiser une gourmandise jamais rassasié depuis.

Cette curiosité, après avoir été choquée par un tableau de Francis Bacon au musée d’Orsay, ou par une déformation cubiste de Picasso s’est propagée aux autres expressions artistiques et ne fait depuis qu’ouvrir des portes sur un monde sans limite.

La lecture par exemple.

Enfant, la lecture était une punition dés qu’il n’y avait pas d’image dans un livre. Je ne voyais pas l’intérêt de s’enfiler des caractères à l’infini avant de tourner la dernière page d’un livre qui de toute manière m’aurait distrait de mes jeux ou de la télé, média tellement plus accessible parce que passif. Mais plus tard, bien plus tard, cette ouverture à la culture m’a donné la curiosité de rouvrir les livres impossible à lire jusque là. Alexandre Dumas par exemple. Des pavés terrifiants pour le lecteur débutant que je me suis retrouvé à avaler goulûment par la suite.

J’ai enfin appris à ne plus complexer et à dévorer uniquement ce qui m’attirait. Des Polars, des essais, des romans. Je m’offrais le plaisir de me laisser happer par un livre avec cette liberté souveraine de le refermer s’il n’était pas à la hauteur de mes attentes et de le remiser dans une bibliothèque sans aucune culpabilité.

Il y a tellement de choses à découvrir. Tellement de livres à lire. Pourquoi se restreindre. Nous avons si peu de temps, prenons le meilleur et ne nous offrons que le « plaisir » de voir et de lire.

Pour cela il faut savoir rejeter. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas le même goût que beaucoup d’autres que nous valons moins et surtout qu’il faudrait se contraindre à ne prendre que ce qui nous ennuie !

Le plus important c’est la démarche, l’envie et la liberté.

La démarche d’aller vers ce que d’autres ont rêvé, peint, composé, écrit, chanté, réfléchi. Pourquoi ? Parce que bien que nous soyons tous capable d’écrire, de lire, de chanter plus ou moins juste, de dessiner plus ou moins droit etc… Il y aura toujours quelqu’un qui aura su créé une émotion que nous n’aurions pas pu inventer ni même imaginer. Il y a des gens meilleurs et plus doués que nous. Il faut s’y faire. Des artistes…

Ils enchantent bien plus notre monde de connaissances que si nous restions seul avec nous même. Nous vivons en société, les uns avec les autres et l’esprit se forme à cette confrontation pour évoluer tout comme l’enfant qui appréhende le monde social avec ses premiers pas en crèche évolue au contact de l’autre enfant, nous grandissons dans notre goût et notre culture au contact de ceux qui ont créé pour nous.

J’ai eu la chance avec mon métier de rencontrer des gens passionnants et éminemment cultivés qui ont offert à ma curiosité une nourriture d’une richesse infinie.

Qui connait Victor Hugo autrement que par l’avenue ou la rue qui porte son nom, ou encore l’adaptation d’un de ses romans ? J’ai découvert dans ses vers un souffle immense et délicieux qui me bouleverse encore dés que je lis un de ses poèmes. Quelle richesse lui et bien d’autres nous ont laissé ! Tout cela à portée de mains et quasi gratuitement.

La culture est abordable financièrement, un livre de poche, une visite au musée, un passage dans une exposition, Internet, tout aujourd’hui nous permet d’y avoir accès encore plus simplement qu’il y a quelques années.

La seule chose qui ne vous sera jamais offerte, c’est la curiosité nécessaire à l’appréhender, à la rencontrer, à la laisser vous envoûter pour ne plus jamais vous abandonner.

Dés que vous aurez laissé cette curiosité vous offrir une porte sur ce puits sans fond, vous serez plus riche à jamais parce qu’enfin vous pourrez rencontrer une partie de vous-même, cette partie divine que l’art transcende et qui nous manque tant dans notre monde souvent trop obscur…

Jean-Pierre Michael