Lors du dernier Chat, nous avions eu une discussion concernant un sentiment que certain d'entre vous avaient sur mes goûts et préferences. Sentiment sans doute lié aux réponses que je vous faisais. Vous m'aviez demandé si j'étais esthète... Et il me semble vous avoir répondu que j'aimais l'émotion brute et qu'elle se trouvait dans le beau.Je ne suis pas sur d'avoir été clair et je voulais revenir sur ce sujet qui me semble important.
Je suis tombé sur une citation d'Emmanuel Kant qui résume bien ce que je pense et sans doute plus clairement.

« L'art ne veut pas la représentation d'une chose belle mais la belle représentation d'une chose »

extrait de la critique du jugement

Voilà le fond. Je ne suis malheureusement pas philosophe et Kant offre dans ses mots une concision bien plus efficace de sa pensée.
Je vais me lancer dans la paraphrase inutile mais qui eclaircira ma pensée personnelle.
Lorsque je parle de beauté, je ne parle pas de joliesse, je parle d'émotion, donc d'art.
Ce que je trouve beau est ce qui ressort de l'art, et pour moi l'art est partout. Dans une odeur, un sentiment, un regard, un souffle.
Pas uniquement sur des tableaux ni dans des livres. La vie est un art et certaines personnes sont des oeuvres d'art. Certaines situations aussi. Certains paysages, certains mots. Tout se qui se lève au dessus du vulgaire (dans son sens original) peut atteindre à cet état d'art.
C'est pourquoi je peux trouver du beau partout, même au sein de la violence ou de la laideur. En effet, une belle femme n'est pas forcément une femme belle. Un beau livre n'est pas forcément un livre beau et une belle vie n'est pas forcément une vie belle etc...
Un poème de Baudelaire dans toute sa crudité et sa violence morbide souffle un élan de beauté assourdissant. Et pourtant aucune joliesse ne l'enrobe
On peut décliner à l'envie cette vision. Les belles choses nous entourent et nous les occultons souvent, trop occupés à ne regarder que les choses belles, pourtant souvent bien moins riches. Alors esthète si vous voulez, mais tourné vers l'émotion et l'art dans tout plutôt que le néant...

Jean-Pierre MICHAEL

Il est des dates différentes des autres. Des jours particuliers et des périodes hors de l'habitude.Il est dans la vie des passages qui nous transforment, des épreuves qui modifient notre alchimie et nos vibrations.
Je suis sur que chacun d'entre vous l'a vécu. Là où vous ne l'attendiez pas, là où vous vous êtes réveillé surpris de vous même.

D'un air que vous respirez différemment, de couleurs qui brillent et vibrent autrement.

Ces passages sont riches à vivre et portent souvent en leur nouveauté l'annonce d'un avenir proche à incarner différemment.

Souvenez-vous de votre enfance, de votre adolescence. De ces moments plus sensible encore où les autres tout à coup vous regardent avec des yeux differents, où vos parents remarquent des changements physiques qui sont intervenus sans que vous le maitrisiez.

Ils sont à cet âge là visible, objectivement, mais je sais maintenant qu'avec la vie et le temps qui passe, même si les transformations physiques semblent plus douces et plus étalées, il y a de temps en temps des accélérateurs de particules qui nous emportent dans des transformations intérieures bien plus riche encore.

Des transformations qui nous portent parce que nous les maturons depuis longtemps déjà sans même le réaliser. Ce sont aussi les épreuves qui les déclenchent, les deuils, les mariages, les séparations, les guerres, les accidents, les amours décus ou heureux, le sel de tout quoi...la vie.

Et ces périodes, il faut y être attentif. Elles sont autant de paliers et de recommencements.

Des prises de consciences tout autant que des renoncements.

Aujourd'hui mon anniversaire, dans une moindre proportion, me fait passer un palier différent que j'ai du mal à réaliser et objecter.

Le temps n'a pas non plus la même valeur aujourd'hui qu'hier pour moi. Je sens des secondes qui n'ont rien de comparables avec les celles que j'ai connu enfant ou sur les bancs du lycée.

La relativité est entière lorsque je vois les jours défiler sans que j'ai le temps de les appréhender. Alors qu'ils tiraient en longueur pendant ma scolarité.

Je sens les minutes me traverser, et moi essayant de les retenir alors qu'elle se heurtaient à mon corps et que j'essayais de les éviter.

j'ai l'impression d'avoir fait un bond d'hier enfant à aujourd'hui adulte qui n'a pris qu'un soupir. Parce que mon coeur et ma tête resonnent encore de l'enfance et de cette naissance finalement si proche.

Alors sans doute est-ce un des buts de l'âge, cette prise de conscience et la possibilité de se retourner légèrement sur son épaule pour voir ce qui a déjà été et ce qui pourrait encore être.

Et je peux vous dire que moi, après avoir regardé discrètement, j'ai aujourd'hui encore mille fois plus de gourmandise qu'hier.

Que toutes ces secondes qui s'offent à moi soient pleine et entière, dévorées avec passion et jubilation.

J'en profite aussi pour vous remercier, toutes et tous qui m'avez écrit par lettre, mail ou sur le forum.

Merci de votre présence, de votre attention et de votre fidélité pour m'accompagner dans mon anniversaire. Il a été éclairé de vos pensées.

Nous arrivons à la fin du tournage des 8 premiers épisodes de cette deuxième saison de RIS. Avant de repartir mi-octobre pour les quatre derniers. Et bien que les jours soient longs et fatiguants quelquefois, rien de mon enthousiasme ne se perd. J'y vais avec un bonheur renouvellé chaque jour puisqu'outre le plaisir personnel de pratiquer mon métier dans de magnifiques conditions, je sais aussi que toute cette joie devrait se retrouver à l'écran et que vous en serez les spectateurs. Je vous dois cela aussi. Merci et à très vite.

Et n'oubliez jamais de manger chaque seconde qui vous est offerte avec cette gourmandise totale qui devrait tous nous habiter. Tout, même un travail doit pouvoir se vivre dans l'enthousiasme.

Jean-Pierre Michael