Lyne m'a demandé de commenter certaines photos. Elles ont pour moi une vie mais si je peux vous la faire partager... Cette photo a été prise lors des premières représentations de "chat en poche", joué au theâtre du vieux colombier.

Le rôle tout d’abord pour ceux qui ne connaissent pas le pièce.

Rien que le nom du personnage peut vous donner un avant goût du parcours qui m’était offert.

Lanoix-de veau.

Fils de bonne famille envoyé au sein de la famille Pacarel afin de plaire à la jeune fille de la maison et d’éventuellement sauter sur sa dote.

Seulement ce jeune homme, en pleine explosion hormonale est déjà très amoureux d’une prostituée et n’a pas grand-chose à faire de Mademoiselle Pacarel qui elle-même est plus attendrie par le ténor fraîchement invité dans sa famille .

Qu’importe… Leurs obligations parentales les poussent à se retrouver et à se fréquenter. Non sans quelques conseils de leur parents respectifs qui voudraient qu’aucune gaffe compromettante ne soit commise. Il a été conseillé à la jeune fille de compter jusqu’à 4 avant d’ouvrir la bouche et au jeune homme de tourner 7 fois la langue dans sa bouche avant de parler.

Et lorsque chacun prend le conseil au pied de la lettre, on peut imaginer le délire qui en naît !

J’ai adoré ce rôle comme j’ai adoré tous les rôles de vaudeville que j’ai eu la chance d’interpreter. Ils permettent une folie et un dépassement que paradoxalement seule la tragédie peut offrir. Mais ils apportent tellement plus d’énergie. Le rire du public est un moteur sans limite pour faire gonfler le jeu.

Ces rôle sont aussi très importants pour moi parce qu’ils me permettent de décoller l’étiquette inévitable que l’on me colle.

Ce système très français qui veut que votre physique vous catalogue irrémédiablement dans un univers, un style de rôle. Ce système qui veut que dés que vous avez incarné un personnage on vous le re-proposera à l’infini.

J’ai toujours voulu échapper à cette cage qui menace l’acteur français. Et j’ai eu la chance de travailler au français et donc d’avoir des gens qui me connaissaient depuis longtemps et qui étaient donc capable de me rêver différemment. Jamais je n’aurais eu ces opportunités ailleurs qu’à la Comédie Française. Passer de la Tragédie au Vaudeville, du texte contemporain quasi cinématographique à Molière.

J’ai eu la chance d’avoir des metteurs en scène et des administrateurs qui pouvaient me faire confiance et m’offrir autre chose que ce qui était attendu de moi. Et j’en ai profité, voilà pourquoi cette silhouette si différente que m’a permis de construire Muriel Mayette dans Chat en Poche. Nous avons travaillé le clown avec Coraly Zahonéro (Alexandra dans R.I.S) afin d’aller dans un univers décalé et terriblement jouissif.

La plupart d’entre vous qui me lisez ne me connaissez que par la télé et surtout par R.I.S qui est l’expression même de la composition d’un personnage. La raideur, « l’autisme » de mon personnage de R.I.S ne sont qu’une composition d’acteur afin de rendre une histoire crédible. Malheureusement, beaucoup, et même parmi les professionnels, confondent l’image avec la réalité. Et je suis sûr aujourd’hui pour l’avoir déjà entendu que certains ne pensent pas à moi pour tel ou tel rôle parce qu’ils se disent que je suis trop « noir », « lourd », « triste » et autres caractéristiques que j’ai porté dans le personnage de Marc Venturi.

Je le paye aujourd’hui parce que nous sommes dans un monde d’image et que regarder la construction d’un rôle n’est pas à la portée de tous.

Comme j’en ai déjà parlé sur le Blog, on pense à la place des autres et on les définit alors qu’il serait si simple de faire confiance et de se laisser surprendre…

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