Rodogune, tragédie de Pierre Corneille Rodogune, soeur du Roi des Parthes, à la fois gage et enjeu de la Couronne de Syrie est au centre de la lutte d’influences que la Régente exerce à l’égard de ses deux fils jumeaux, Antiochus et Séleucus...

En fait selon l’aveu de Corneille, la pièce aurait dû s’appeler « Cléopâtre » du nom de la Régente, car son pouvoir tyrannique et à bien des égards désespéré est la cause des impasses relationnelles que celle-ci entretient vis-à-vis de son entourage avec en toile de fond, guerres de conquête et Traité de Paix avec l’Empire des Parthes.....

Le drame est que « Cléopâtre » s’accroche au Pouvoir comme s’il était le garant de sa vie.! Mais voilà les circonstances font que son aîné désigné devra se marier avec Rodogune pour qu’ils deviennent respectivement Roi et Reine de Syrie ! l’Amour et l’amitié se montreront suffisamment forts entre les jumeaux et Rodogune pour que tous les trois acceptent cette décision équitable que Cléopâtre voudrait faire échouer!...

C’est exact, qu’il semble y avoir du manichéisme dans cette perspective où seule la Régente focalise la mauvaise foi, le cynisme et la dureté d’âme! Mais ce manichéisme n’est sans doute qu’une sorte de masque car en fait tous montrent et démontrent la contradiction de leurs affects et de leur ambition mais en revanche leur qualité d’âme les pousse à négocier et à se respecter mutuellement...

Cependant la Régente semble ne pas vouloir s’embarrasser de telles contraintes; chez elle Amour et Haine, volonté de Puissance et renoncement cohabitent simultanément dans un cercle infernal dont l’issue ne peut être que dramatique!...

La mise en scène de Jacques Rosner est empreinte de respectabilité, de sobriété et de grandeur. Un décor escamotable à la manière de poupées russes, dévoile du plus proche au plus éloigné, de l’intime au public, différentes salles et halls successifs d’un Palais syrien dont nous percevrons en définitive le Trône tellement convoité!...

L’interprétation est parée des qualités mythiques de la Comédie Française! Est-ce la présence de Catherine Samie, la doyenne de la troupe qui pousse ainsi chacun à se hisser au plus haut de sa qualité? Martine Chevalier qui assume tout le poids de la méchanceté et des ressentiments s’affirme superbement face à Jean-Pierre Michaël que sensibilité et force propulsent aux plus hautes destinées!...

Céline Brune, sans aucun artifice, exprime une beauté que submergent les forces de majesté! Laurent d’Olce, le 2ème frère jumeau a le talent de convaincre en se maintenant juste en deçà, de façon à laisser la première place à son frère!...

Tous concourent, sous l’inspiration artistique de Jacques Rosner, à élever l’âme, en montrant les luttes intestines que celle-ci ne peut cesser de mener contre des aspirations contradictoires et néanmoins Universelles!..

«Rodogune» avec Jean-Pierre Michaël et «Les fouberies de Scapin» avec Philippe Torreton apparaissent comme les deux créations majeures de la Saison théâtrale 97-98 de la Comédie Française. Toutes deux ont en commun de s’adresser à nous en suscitant des élans de dignité profondément humaine!...

Theothea le 17/03/98

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