Le ressenti  est un sentiment évolutif et changeant. Il est particulièrement sensible à l’art et au « beau ». Je me souviens de mon enfance et de ma perception culturelle du monde qui m’était proposé. Au travers des découvertes souvent proposées au sein de l’établissement scolaire, visite des musées, pièces de théâtre, découverte des zoos et autres curiosités loin du quotidien de l’enfant moyen, j’ai souvenir d’une attitude en perpétuelle évolution.

Tout d’abord ennuyée, cette attitude d’incompréhension face à l’art me faisait « subir » ces sorties. Leur seul bénéfice visible étant l’opportunité de pouvoir éviter quelques heures de classe encore plus pénible.

J’étais avec mes copains et je pensais plus à pouffer qu’à découvrir. Nous défilions tels des sacs à patate devant les plus beaux tableaux du monde avec une indifférence frisant le mépris. Incapable même de regarder ce qu’on nous offrait. Rien n’accrochait mon attention.

Plus tard un conférencier différent, un prof plus impliqué ou passionné nous parlait de ce que nous découvrions avec un enthousiasme et une richesse de détails anecdotiques plus adapté à notre niveau. Mon attention se modifia et l’ennui fut moindre.

Une autre fois une petit histoire au sein de la grande nous parlant du sujet du tableau me permit d’y rester avec curiosité plus de dix minutes en cherchant le pourquoi du comment de cette toile.

Ainsi, au fur et à mesure des découvertes et de mes rencontres avec la culture, on me remit les clés indispensables au développement de ma curiosité. Celle qui me permettait enfin d’attiser une gourmandise jamais rassasié depuis.

Cette curiosité, après avoir été choquée par un tableau de Francis Bacon au musée d’Orsay, ou par une déformation cubiste de Picasso s’est propagée aux autres expressions artistiques et ne fait depuis qu’ouvrir des portes sur un monde sans limite.

La lecture par exemple.

Enfant, la lecture était une punition dés qu’il n’y avait pas d’image dans un livre. Je ne voyais pas l’intérêt de s’enfiler des caractères à l’infini avant de tourner la dernière page d’un livre qui de toute manière m’aurait distrait de mes jeux ou de la télé, média tellement plus accessible parce que passif. Mais plus tard, bien plus tard, cette ouverture à la culture m’a donné la curiosité de rouvrir les livres impossible à lire jusque là. Alexandre Dumas par exemple. Des pavés terrifiants pour le lecteur débutant que je me suis retrouvé à avaler goulûment par la suite.

J’ai enfin appris à ne plus complexer et à dévorer uniquement ce qui m’attirait. Des Polars, des essais, des romans. Je m’offrais le plaisir de me laisser happer par un livre avec cette liberté souveraine de le refermer s’il n’était pas à la hauteur de mes attentes et de le remiser dans une bibliothèque sans aucune culpabilité.

Il y a tellement de choses à découvrir. Tellement de livres à lire. Pourquoi se restreindre. Nous avons si peu de temps, prenons le meilleur et ne nous offrons que le « plaisir » de voir et de lire.

Pour cela il faut savoir rejeter. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas le même goût que beaucoup d’autres que nous valons moins et surtout qu’il faudrait se contraindre à ne prendre que ce qui nous ennuie !

Le plus important c’est la démarche, l’envie et la liberté.

La démarche d’aller vers ce que d’autres ont rêvé, peint, composé, écrit, chanté, réfléchi. Pourquoi ? Parce que bien que nous soyons tous capable d’écrire, de lire, de chanter plus ou moins juste, de dessiner plus ou moins droit etc… Il y aura toujours quelqu’un qui aura su créé une émotion que nous n’aurions pas pu inventer ni même imaginer. Il y a des gens meilleurs et plus doués que nous. Il faut s’y faire. Des artistes…

Ils enchantent bien plus notre monde de connaissances que si nous restions seul avec nous même. Nous vivons en société, les uns avec les autres et l’esprit se forme à cette confrontation pour évoluer tout comme l’enfant qui appréhende le monde social avec ses premiers pas en crèche évolue au contact de l’autre enfant, nous grandissons dans notre goût et notre culture au contact de ceux qui ont créé pour nous.

J’ai eu la chance avec mon métier de rencontrer des gens passionnants et éminemment cultivés qui ont offert à ma curiosité une nourriture d’une richesse infinie.

Qui connait Victor Hugo autrement que par l’avenue ou la rue qui porte son nom, ou encore l’adaptation d’un de ses romans ? J’ai découvert dans ses vers un souffle immense et délicieux qui me bouleverse encore dés que je lis un de ses poèmes. Quelle richesse lui et bien d’autres nous ont laissé ! Tout cela à portée de mains et quasi gratuitement.

La culture est abordable financièrement, un livre de poche, une visite au musée, un passage dans une exposition, Internet, tout aujourd’hui nous permet d’y avoir accès encore plus simplement qu’il y a quelques années.

La seule chose qui ne vous sera jamais offerte, c’est la curiosité nécessaire à l’appréhender, à la rencontrer, à la laisser vous envoûter pour ne plus jamais vous abandonner.

Dés que vous aurez laissé cette curiosité vous offrir une porte sur ce puits sans fond, vous serez plus riche à jamais parce qu’enfin vous pourrez rencontrer une partie de vous-même, cette partie divine que l’art transcende et qui nous manque tant dans notre monde souvent trop obscur…

Jean-Pierre Michael

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