Mise en scène Philippe Adrien Décor et costumes de Claire Belloc Lumières Pascal Sautelet Musique de Ghédalia Tazartès Coiffures et Maquillages de Marc Lanfranchi

Le prolifique Tom Stoppard, britannique d'origine tchèque, s'acquit

un renom international dès le début des années soixante avec la mémorable pièce Rosencrantz et Guildenstern sont morts. Depuis, il a continué d'oeuvrer en «maître de la pyrotechnie verbale, en jongleur cérébral de paradoxes hypercultivés» comme le résume Jean-Marie Besset, excellent traducteur d'Arcadia, pièce avec laquelle Stoppard entre au répertoire du Français via la scène du Vieux-Colombier. Soirée «intelligente» garantie. Deux heures trente presque trop bourrées d'esprit. Les Anglais ont un adjectif assez joli pour le genre de pirouettes mentales auxquelles l'auteur ici s'adonne, ils disent «witty» et cela équivaut à «spirituel» ou encore «pétillant», «malin»... Autant dire que l'on glissera ici du supposé insoluble théorème de Fermat à l'art des jardins anglais à l'époque où le romantisme chamboule les sages ordonnancements classiques, en passant par telle loi de la thermodynamique. On vous en épargne des plus complexes, ou plus littéraires. Dire d'entrée que l'affaire bascule d'une scène l'autre entre deux époques: le tout début du XIXe siècle où la jolie Thomasina Coverly, adolescente de la haute société, gamberge en compagnie de son jeune précepteur Septimus, et un aujourd'hui très contemporain où deux chercheurs en histoire, universitaires en diable, fortuitement réunis dans la même demeure aristocratique du Derbyshire, supputent en compagnie des descendants de la famille sur le séjour que Lord Byron effectua chez les Coverly. Une alternance perpétuelle entre un hier aux marivaudages moins policés qu'il n'y paraissent et un présent dont les protagonistes font figure de détectives cherchant à savoir entre autres qui coucha avec qui en 1809, et comment il se fit que telle jeune fille mourut dans l'incendie d'un grenier.

A la tête de douze comédiens adéquatement distribués et qui dégagent une jubilation du théâtre bien cousu, le metteur en scène Philippe Adrien a rendu impeccablement sensible l'effet de jeu de miroirs et de mise en abyme frôlant l'absurde, en as du flash-back et sismographe de l'aléatoire des sentiments . Comme s'il avait oscillé en permanence entre l'idée de prendre au sérieux les conversations éclairées et les amours suggérées de cette brochette d'êtres, et l'envie de les tourner en pure dérision. Le décor unique signé Claire Belloc ­ un salon ouvrant par trois immenses fenêtres sur un parc hypothétique ­ est d'une neutralité accordée au chassé-croisé des personnages. De simples accessoires servent à distinguer les siècles, où à les faire se catapulter: service à thé ici, ordinateur portable là, tortue vivante par ci, malle à costumes par là. Et de ci et de là, présence troublante d'un même jeune homme interprété par le très doué Micha Lescot qui, à six générations d'écart, figure tantôt Auguste tantôt Gustave Coverly, devenu autiste et d'une «bizarrerie» d'idiot frôlant l'inquiétant de la folie. S'il en fallait un pour confirmer que Stoppard se gausse des intellectuels pinailleurs, il serait celui là. Il serait juste de citer tous les acteurs. Côté passé, Françoise Gillard se met dans la petite tête bien pleine de Thomasina Coverly, gamine prodige charmante qui n'attend pas d'avoir seize ans pour s'éprendre de l'élégant tuteur Septimus Duncan (Jean Pierre Michaël, en sa prestance, asticoté par une autre, plus âgée, qui a les traits de Claire Vernet donnant dans la perversité). Côté présent, Claude Mathieu en docte et acerbe rate de bibliothèque non dépourvue d'humour fait face au toujours exact Jean-Baptiste Malartre, qui trépigne ses plates bandes en creusant le même sujet qu'elle. Entre divertissement et prise de tête, cette comédie qui fourmille est adaptée au public «cultivé» du Français. Si tant est que l'on puisse ainsi «catégorier» celui-là.

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